26-10-2014
 
 
Le syndicalisme en Polynésie française de 1852 à nos jours Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par Rafiq   
21-01-2007
Index de l'article
Le syndicalisme en Polynésie française de 1852 à nos jours
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II. 1945- 1990 essor et affirmation  du syndicalisme polynÉsien

A. De l’effervescence de l’aprÈs guerre au rÉfÉrendum de 1958

Dans l’immédiat après-guerre les centrales syndicales CGT,CFTC puis CGT/FO prennent pieds en Polynésie.
Dans un premier temps elles rassemblent des ouvriers et des cadres métropolitains mais très vite adhérents et représentants sont issus des milieux locaux.
Ces formations naissent dans le sillage de « l’Union des Volontaires » et du « Comité Pouvana » elles sont indissociables surtout pour la CFTC du RDPT.
Les principales branches se constituent chez les dockers, les employés municipaux, les employés de banques, les employés de la fonction publique.
A Maketea les sections CGT et CFTC sont également bien représentées..
L’inspiration générale veut « la défense des travailleurs » contre « la centralisation coloniale » les termes   « contre le capitalisme » laissent sous-entendre des mouvements d’inspiration marxiste mais en réalité toutes les études ont montré que l’idéologie développée reste incertaine quant à ses références si l’on excepte une forte influence chrétienne dans les revendications de partage, d’équité, de respect, de paix  etc…

B. Sur quelles bases revendicatives agissent les syndicats ?

Nous n’avons aucune indication précise sur le nombre d’adhérents aux cours de ces années. quant aux revendications elles portent :

  • sur les salaires
  • des tarifs spéciaux pour les heures supplémentaires
  • la durée hebdomadaire du travail
  • les droits sociaux qui restent très en deçà de ce qui se met en place en France
  • les difficiles relations avec les patrons et  l’Etat sont toujours évoquées .

Il faut ajouter comme cheval de bataille l’introduction en Polynésie d’un nouveau code du travail.

En novembre 1950 une plate-forme de la CFTC revendique

  • un minimum vital pour les familles
  • des allocations familiales
  • une réforme de la fiscalité
  • une réorganisation du ravitaillement

On le voit les syndicats se font l’expression d’ une augmentation de la rémunération du travail mais aussi réclament un alignement des droits sociaux sur ceux de la métropole.
La question du ravitaillement des îles ,très souvent évoquée, fait l’objet de nombreuses récriminations . Les syndicats et les partis politiques en premier lieu le RDPT stigmatisent les abus de ceux qui en ont la charge.
Quant à la fiscalité, l’impôt sur le revenu est clairement revendiqué par les syndicats dans l’immédiat après-guerre .

C. Les premiÈres actions syndicales :

Pour la première fois en Polynésie le 1er mai fête du travail est célébrée en 1950.
Le RDPT en fait un événement important à travers les colonnes de son organe de presse « TE ARATAI » (le guide) .Il appelle les travailleurs à l’adhésion, à la solidarité « en cas de brimade ou de vengeance politique la réaction doit être unanime la grève perlée ,la grève de courtes durée doit être utilisée ».
Le premier rassemblement a lieu place de la mairie ,deux mille participants sont annoncés par le RDPT.
On trouve à sa tête des personnalités incontournables du monde syndical de cette époque membre de la CGT ou de la CFDT comme Alexis Bernast qui a mis en place les structures de la CGT et auquel TE ARATAI rend hommage pour ses qualités de technicien  « une recrue française solidement attachée aux intérêts des travailleurs tahitiens ».
Participent également des membres du RDPT :Terii Tepa, le fils de Pouvanaa Marcel Oopa en uniforme du bataillon du pacifique mais aussi Aimé Pambrun secrétaire de « l’UNION DES SYNDICATS TAHITIEN ».pour dénoncer le manque de solidarité des métropolitains l’article déplore l’absence de « blancs de la race française » il est signé d’un pseudonyme R…Docker de l’Union des Quais

En 1951 se déroule la première grève. Les dockers CGT et CFTC bloquent le port de Papeete .Ils demandent une augmentation de salaire et la clarification de leur statut .
Dans un premier temps les autorités refusent jouent l’épreuve de force mais après un mois de conflit le marasme économique s’installe et les négociations sont engagées.
L’organe de presse du RDPT « TE ARATAI »soutient activement le mouvement et publie un éphéméride des évènements et des négociations pendant toute la période .

En échos à ce qui se déroule dans les autres territoires de l’Union Française comme Madagascar ,l’Indochine ou les territoires de l’AOF dans lesquels la répression des mouvements anti-coloniaux a été d’une extrême violence, les syndicats tahitiens sont sollicités pour manifester leur soutien et leur solidarité.
Il est vrai que ces mouvements sont orchestrés depuis la France mais localement ils prennent de l’importance aux yeux des autorités qui y voient des risques de sédition et l’action du parti communiste.
On peut noter la lettre publiée dans TE ARATAI au mois d’avril 1950 et signée du secrétaire national CGT des administrateurs des colonies et des services civils de l’Indochine qui appelle à la solidarité des peuples de l’Union française .

Autre mouvement de grève celui des travailleurs de Makatea en 1953.On y retrouve la CGT et la CFTC soutenu par le RDPT.
Cependant  est-ce le fait d’un poids plus important de la CGT,le conflit est très faiblement couvert par l’organe de presse du RDPT.
Les revendications portaient sur les salaires, le recrutement des travailleurs et l’application du nouveau code du travail .
Une grève à Makatea lieu d’implantation de la plus ancienne et la plus « grosse » entreprise industrielle du territoire illustre le réveil de la vie politique et syndicale non seulement à Tahiti mais également dans les autres îles.

Les syndicats revendiquent l’introduction du nouveau code du travail .Envisagé lors de la conférence de Brazzaville il était déjà appliqué dans certains territoires de l’Union.
Soutenu à l’assemblée par une majorité très largement RDPT, le nouveau code est voté en 1952. Il restera en vigueur après maints amendements jusqu’en 1991.
Dans les années cinquante les revendications syndicales ont le vent en poupe.
Ainsi sont obtenues : la création de la « caisse de compensation des prestations familiales » en 1956 et un « office de la main d’œuvre »en 1957.
Ces succès montrent que le syndicalisme est désormais pleinement implanté  mais les  entraves à la vie syndicales sont fréquentes et les militants peuvent être inquiétés comme en 1953 quant 105 employés de la mairie de Papeete sont licenciés pour appartenance syndicale.

Parallèlement à ces mouvements s’opèrent des regroupements syndicaux où la volonté d’échapper à la tutelle des centrales métropolitaines apparaît clairement. C’est sans doute par nécessité mais cela correspond aux attentes d’autonomie que les nouvelles institutions rendent désormais possibles.
Ainsi dès 1947 Les syndicats affiliés à la CGT constituent :
« l’UNION DES SYNDICATS TAHITIENS ».

De son côté la CFTC  rassemble également ses différentes branches et constitue en 1956 :
« LA CONFÉDÉRATION DES TRAVAILLEURS CHRÉTIENS DU PACIFIQUE » dans laquelle J.B Ceran Jerusalemi tient le premier rôle.

Le syndicat CGT/FO se transforme en :
 « UNION TERRITORIALE DES SYNDICATS FORCE OUVRIERE » en septembre 1956 avec à leur tête G. Leboucher.

La fin des années cinquante amène des fractures au sein du monde politique et par là-même syndical.
Les contenus de la loi cadre de 1957entrainent des repositionnements entre partisans de l’autonomie,dont l’idée est déjà bien intégrée dans la société polynésienne et ceux pour qui l’indépendance est inéluctable.
A cela s’ajoute la question de la réforme fiscale et de l’impôt sur le revenu sans ignorer les clivages liés aux ambitions et rivalités personnelles .
L’échec du « non » au référendum de 1958 l’incendie du marché de Papeete entraine l’arrestation de Pouvanaa Oopa et rapidement la perte d’influence du RDPT.
Signe que les positions ont changé on peut lire dans l’organe de presse de la CTCP « PACIFIQUE SYNDICAL » après les évènements du mois d’octobre 1958 « non au terrorisme ».



Dernière mise à jour : ( 27-11-2007 )
 
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